Quand les femmes ignorent leurs droits : le combat d’Esther Ebengi contre les violences et le silence au Congo-Brazzaville

24/08/2026

Derrière chaque femme qui se tait, il peut y avoir une histoire de peur, de honte, de dépendance ou simplement une méconnaissance de ses propres droits. À travers son parcours et son engagement au sein de l’association Muasi Telema Pe Bunda, Esther Ebengi veut contribuer à briser ce silence et à rendre visibles des violences que certaines femmes finissent par considérer comme normales.

Brazzaville, 24 août 2026

Les violences faites aux femmes ne se limitent pas aux coups ou aux agressions visibles. Elles peuvent prendre des formes physiques, sexuelles, psychologiques ou économiques. Certaines sont ouvertement condamnées ; d’autres persistent dans la sphère privée, parfois justifiées par les traditions, les rapports d’autorité ou les attentes imposées aux femmes.

Au Congo-Brazzaville, la lutte contre ces violences s’inscrit notamment dans le cadre de la loi n° 19-2022 du 4 mai 2022, dite loi Mouébara, consacrée à la lutte contre les violences faites aux femmes. L’existence d’un cadre juridique est essentielle, mais elle ne suffit pas à garantir que toutes les femmes connaissent leurs droits, puissent les faire respecter ou accèdent effectivement à la protection dont elles ont besoin. Les Nations unies soulignent d’ailleurs l’importance de renforcer les mécanismes de prévention et de prise en charge des violences basées sur le genre dans le pays.

Quand les abus sont considérés comme normaux

Une femme peut vivre dans la violence sans toujours disposer des mots pour décrire ce qu’elle subit. Lorsqu’un comportement est présenté comme une obligation conjugale, une tradition familiale ou une manifestation d’autorité, il peut finir par être accepté comme une réalité à laquelle il faudrait se résigner.

Les violences sexuelles en sont une illustration particulièrement grave. Certaines femmes peuvent croire qu’elles ne peuvent pas refuser un rapport sexuel à leur conjoint ou à leur partenaire. Pourtant, le mariage ou une relation intime ne constitue pas un consentement permanent. Les actes sexuels imposés doivent être pris au sérieux et examinés au regard du droit applicable.

D’autres femmes subissent des humiliations répétées, des menaces, des violences physiques ou des restrictions qui limitent leur liberté et leur autonomie. La dépendance économique et la peur de perdre le soutien de la famille peuvent rendre ces situations encore plus difficiles à dénoncer.

Il faut également tenir compte des violences économiques, qui peuvent notamment se manifester par le contrôle des ressources ou l’utilisation de la dépendance financière pour exercer une pression. Dans certains cas, les victimes ignorent les protections auxquelles elles peuvent prétendre. Dans d’autres, elles connaissent leurs droits, mais redoutent les conséquences d’une dénonciation.

C’est pourquoi l’information juridique et la sensibilisation sont indispensables. Avant même d’engager une démarche, une femme doit pouvoir reconnaître les abus, comprendre qu’elle n’a pas à les accepter et savoir où chercher de l’aide.

Le silence et le risque de l’impunité

L’engagement d’Esther Ebengi est profondément lié à son expérience personnelle. Elle explique sa motivation en ces termes :

« Parce que je suis passée par la même chose que d’autres femmes. Le fait de garder le silence nous détruit et nos bourreaux continuent dans leur voie. Voilà pourquoi nous encourageons les femmes à se lever et à se battre, en dénonçant le système. Se taire ne fait qu’empirer la situation. Le silence nous tue, nous détruit et nous rend encore plus vulnérables. »

Son témoignage met en lumière le lien entre l’isolement des victimes et le risque que les violences se poursuivent sans être dénoncées. Mais le silence ne doit jamais être interprété comme une acceptation des abus. La peur des représailles, la honte, la pression sociale, la dépendance financière ou la crainte de ne pas être crue peuvent empêcher une femme de parler.

La lutte contre l’impunité ne peut donc pas reposer uniquement sur les victimes. Elle exige des mécanismes de signalement accessibles, un accompagnement adapté et une réponse sérieuse des institutions compétentes. Les femmes qui dénoncent des violences doivent pouvoir être écoutées et orientées sans être culpabilisées.

Le défi est également culturel et social : il faut remettre en question les comportements qui banalisent les violences ou qui demandent aux femmes de préserver les apparences au détriment de leur sécurité et de leur dignité.

Muasi Telema Pe Bunda : informer, soutenir et autonomiser

C’est dans cette perspective que s’inscrit l’engagement d’Esther au sein de Muasi Telema Pe Bunda, une association dont le nom signifie « Femme, lève-toi et bats-toi ».

À travers cette initiative, elle souhaite encourager les femmes à sortir de l’isolement, à mieux connaître leurs droits, à dénoncer les abus et à se soutenir mutuellement. L’objectif est de contribuer à une prise de conscience qui permette aux femmes de ne plus considérer la violence comme une fatalité.

L’association s’intéresse également à l’autonomisation économique, notamment par le travail, le commerce et l’agriculture. Cette dimension est importante : une femme qui dépend entièrement d’une autre personne pour subvenir à ses besoins peut rencontrer des obstacles supplémentaires lorsqu’elle cherche à quitter une situation de violence.

L’autonomie financière ne garantit pas à elle seule la sécurité, mais elle peut élargir les choix disponibles et renforcer la capacité d’une femme à prendre des décisions pour son avenir. Associée à la sensibilisation, à la solidarité et à l’accès à des services adaptés, elle peut contribuer à réduire certaines formes de vulnérabilité.

Les besoins des victimes peuvent être différents d’une situation à l’autre. Certaines auront besoin de soins ou d’un soutien psychosocial ; d’autres chercheront une protection ou une assistance juridique. Il est donc essentiel que les initiatives de sensibilisation puissent également orienter les femmes vers des services compétents.

Connaître ses droits pour ne plus subir en silence

Le combat contre les violences faites aux femmes au Congo-Brazzaville ne consiste pas seulement à encourager les victimes à parler. Il s’agit aussi de leur donner les moyens de reconnaître les abus, de connaître leurs droits et d’accéder à une aide adaptée.

L’engagement d’Esther Ebengi rappelle qu’une prise de parole peut naître d’une expérience personnelle, mais qu’elle peut aussi devenir un levier de mobilisation collective. À travers Muasi Telema Pe Bunda, son message s’adresse aux femmes qui souffrent, à celles qui hésitent à parler et à celles qui n’ont pas encore identifié les violences qu’elles subissent.

Se relever commence parfois par une prise de conscience : ce que l’on a toujours considéré comme normal n’est pas nécessairement acceptable.

Informer les femmes, soutenir celles qui dénoncent les abus et remettre en question les pratiques qui entretiennent leur vulnérabilité sont autant de démarches nécessaires pour que leurs droits ne restent pas seulement inscrits dans la loi, mais puissent aussi être connus, compris et exercés au quotidien.

 

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